Marie Madeleine au jardin

Du tombeau au jardin

À chaque fois que je vais à Jérusalem, j’aime aller me recueillir dans le « jardin du tombeau », pas très loin de la porte de Jaffa. Même si je sais que ce jardin n’est pas le lieu du Golgotha, même si je sais que ce tombeau n’est pas celui du Christ, je suis toujours touchée par l’atmosphère de calme et de sérénité qui règne dans ce jardin fleuri, accueillant, avec au fond, un tombeau et une pierre roulée.

 

Je m’imagine Marie Madeleine à l’aube du dimanche de la Résurrection… Dans ce temps qui conduit vers Pâques, suivons-la du tombeau au jardin, de la mort à la vie.

Le mot du mois

Du tombeau au jardin

Ce mois-ci, explorons ensemble un mot qui nous met en mouvement.parle du grand retournement.

DU TOMBEAU AU JARDIN : LES TRACES DE MARIE MADELEINE

UN CHEMIN EN QUATRE TEMPS
POUR SUIVRE MARIE MADELEINE DU TOMBEAU AU JARDIN, DE LA MORT À LA VIE COMMENT LES LARMES RELIENT LE MONDE EXTÉRIEUR AU CHEMIN INTÉRIEUR

Le Tombeau

Madeleine au tombeau, Pietro Faccini, 1522–1525, Caen, musée des Beaux-Arts. Le corps de Marie-Madeleine et ses mains sont encore tendus vers le tombeau où lui sont apparus deux anges, mais son visage est déjà tourné vers le jardin. C'est le moment crucial du retournement. Ses cheveux roux dénoués et sa robe de même teinte mettent en lumière son visage dont le profil est bien éclairé, alors que les anges sont dans l'ombre.

Tableau Faccini - Madeleine au tombeau 1522 - 1525

Le Tombeau

Le mot de la semaine

Marie Madeleine s’approche du tombeau de Jésus comme de sa propre tombe : sa vie n’a plus de sens. Endeuillée, elle se sent vide — lieu du vide, lieu de la perte, lieu de l’absence du corps du maître bien-aimé, lieu de la disparition, lieu de l’énigme, lieu où les certitudes n’ont plus cours.

Caen, musée des Beaux-Arts

Madeleine au tombeau

Pietro Faccinivers, 1522 – 1525

Elle pleure, elle regarde sans voir. Mais c’est peut-être cela la vérité de l’amour : continuer à chercher, même quand tout semble perdu.

Le Jardin

Noli me tangere, Lambert Sustris, vers 1550, Lille, Palais des Beaux-Arts. Marie Madeleine est vêtue comme une aristocrate du XVIe siècle. Le Christ, muni d'une houe, porte une tenue simple à l'antique, en contraste avec les habits en brocart doré de Marie-Madeleine. Le jardin ordonné selon une perspective rigoureuse est un écrin pour les deux personnages. Le Christ intemporel parle à une femme de toutes les époques.

Noli me Tangere -Lambert Sustri 1550 - PAscale léger

Le mot de la Semaine

Le jardin

Le jardin est là. Il était là dans la lumière naissante mais elle ne le voyait pas avant de se retourner. Son regard, son esprit étaient encore habités par le tombeau. Combien de temps faut-il pour voir autrement, pour que les yeux s’ouvrent, pour échapper à la confusion ? Se retourner, c’est consentir à ce que quelque chose de nouveau advienne.

Lille, Palais des Beau-Arts

Noli Me Tangere

Lambert Sustris 1550

Il prononce son nom, « Myriam ». Un seul mot qui contient tout. Et le tombeau s’efface : le jardin resplendit, la vie circule à nouveau.

Les nouveaux adam et Ève

Noli me tangere, Heures à l'usage de Rome, parchemin vers 1470, Paris, BNF. Un homme et une femme avec un arbre entre deux : le Christ jardinier avec sa pelle, nouvel Adam qui prend soin de la Création ; Marie Madeleine agenouillée, ses vêtements rouges, son pot de parfum à ses pieds. « Ton esprit est mon jardin. Tu as bien jugé que j'étais le jardinier, je suis le Second Adam. » — Drogon, moine bénédictin, vers 1130.

Noli Me Tangere Sustris

Le mot de la Semaine

Les nouveaux Adam et Ève

Une femme et un homme de chaque côté d’un arbre dans un beau jardin fleuri. Adam et Ève au paradis, premier jardin du monde ; le Christ et Marie-Madeleine dans le jardin du matin de Pâques. Le Christ est le bon jardinier, nouvel Adam qui réintroduit l’humanité dans le paradis dont Adam et Ève l’avaient exclue.

Paris, BNF

Noli Me Tangere

heures à l’usage de Rome. Parchemin enluminé, vers 1470. 

Avec Ève, la connaissance est dangereuse, liée à la mort. Avec Marie-Madeleine, elle est intérieure et libératrice.

NOli me tangere

Noli me tangere, Pierre Puvis de Chavannes, 1857, Angers, Musée des Beaux-Arts. Le Christ de dos, statique, un peu dans l'ombre. Sa main tendue semble dire : ne me touche pas. Le corps de Marie Madeleine est saisi en mouvement, suppliante, éclairée par la lumière ; ses vêtements clairs contrastent avec la toge plus sombre du Christ. On aperçoit au fond le tombeau ; quelques fleurs égaient le jardin encore dans l'obscurité.

Noli me tangere pierre puvis 1857

Le mot de la Semaine

Noli Me Tangere

Une des plus belles scènes des Évangiles, que seul rapporte Jean. Marie-Madeleine est là, stupéfaite, entre deux mondes. Elle cherchait un mort. Elle trouve un vivant. Elle tend la main pour le saisir, comme si son amour voulait s’assurer par le toucher qu’Il est bien là. Mais Jésus la met à distance.

Angers, Musée des Beaux-Arts

Noli Me Tangere

Pierre Puvis de Chavannes, 1857

Il lui propose un amour qui ne possède plus, un amour qui se dérobe à la prise. Elle vit un retournement intérieur, une conversion du cœur.

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