Marie Madeleine, Résurrection et transformation
Marie Madeleine, le Christ jardinier et le passage de la mort à la vie
À chaque fois que je vais à Jérusalem, j’aime aller me recueillir dans le « jardin du tombeau », pas très loin de la porte de Jaffa.
Même si je sais que ce jardin n’est pas le lieu du Golgotha, même si je sais que ce tombeau n’est pas celui du Christ, je suis toujours touchée par l’atmosphère de calme et de sérénité qui règne dans ce jardin fleuri, accueillant, avec au fond, un tombeau et une pierre roulée.
Je m’imagine Marie Madeleine à l’aube du dimanche de la Résurrection…
Dans ce temps qui conduit vers Pâques, suivons-la du tombeau au jardin, de la mort à la vie.
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Le tombeau
Étymologie du tombeau : sépulture, mémoire et accomplissement
Tombeau : le mot, à travers le latin, vient du grec « tumbos », tertre, tumulus, et désigne donc la forme physique du lieu où l’on dépose le mort, un lieu visible de loin pour les vivants.
Le grec a deux autres mots pour évoquer le lieu des morts : « taphos », sépulture — d’où épitaphe — qui évoque plutôt les rites funéraires, et « sèma », signe, marque, qui fait penser à un lieu de mémoire.
D’ailleurs, depuis des siècles, le Saint-Sépulcre, le tombeau de Pierre à Rome et la tombe de Marie Madeleine à Saint-Maximin sont trois grands lieux de pèlerinage pour les chrétiens.
Le mot hébreu « qéver » renvoie à un lieu concret et au lien avec les ancêtres. Déposer des cailloux sur une tombe indique que le défunt n’est pas oublié. Le caillou, contrairement à une fleur, dure, comme l’âme qui perdure après la mort physique.
Quant au sanskrit, « samadhi » signifie à la fois la tombe d’un saint — les hindous préférant la crémation, sauf pour de grandes figures spirituelles — et l’état le plus élevé de la méditation : la transformation spirituelle qui permet l’état d’union de l’âme individuelle, atman, avec la réalité infinie, brahman.
Le tombeau devient signe d’accomplissement intérieur. On vient auprès du samadhi du saint pour bénéficier de son énergie spirituelle.
Marie Madeleine devant le tombeau vide
Marie Madeleine s’approche du tombeau de Jésus comme de sa propre tombe : sa vie n’a plus de sens.
Endeuillée, elle se sent vide, comme ce tombeau, lieu du vide, lieu de la perte, lieu de l’impossible retour du passé, lieu de l’absence du corps du maître bien-aimé, lieu de la disparition, lieu de l’énigme et des questions, lieu où les certitudes habituelles n’ont plus cours.
Plus rien de tangible à toucher, plus de corps à parfumer, à embaumer, plus de corps à entourer des rites funéraires que demande la tradition. Le corps est soustrait à ses sens et Marie Madeleine ne comprend pas.
Mais le tombeau n’est pas seulement un lieu de mort. Il est le lieu de la fidélité : Marie Madeleine s’y rend tôt, avant que le jour ne se lève.
La nuit laisse encore des traces dans le ciel, dans les pierres froides, dans le jardin endormi. Le matin de ce dimanche semble incertain. Il n’annonce ni promesse, ni lumière.
Elle vient avec ce qu’elle est, ce qu’elle a : des gestes, des larmes, des parfums, des baumes, une présence, une fidélité obstinée qui s’avance dans l’ombre.
Elle pleure, elle regarde sans voir. Mais c’est peut-être cela, la vérité de l’amour : continuer à chercher, même quand tout semble perdu.
Son amour, même blessé par l’horreur de la crucifixion, ne renonce pas. Elle est là pour agir, accomplir les derniers gestes : prendre soin d’un corps, honorer une présence disparue. Elle n’attend rien.
Pourtant, inconsciemment, elle est dans un entre-deux : entre la nuit du désespoir et l’aurore d’une nouvelle vie qui s’annonce, contrairement aux apparences.
Pour l’instant, derrière le rideau de ses larmes, elle ne voit d’abord que la pierre déplacée. Déplacement énigmatique, car la pierre avait été scellée et le tombeau soigneusement gardé pour empêcher tout vol du corps par les disciples de Jésus, qui pourraient ensuite dire au peuple : « Il est revenu d’entre les morts. »
Que représente cette pierre ? La lourde place que prend l’ego en l’homme et dont il doit s’alléger pour laisser place à la vacuité, à la possibilité de l’irruption de la lumière en lui ?
Puis elle voit « deux anges vêtus de blanc (…) ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle répondit : On a enlevé mon Seigneur, je ne sais pas où on l’a mis. » (Jn 20,13)
La pierre roulée est-elle une brèche ouverte vers autre chose ?
Le silence lui semble avoir changé, s’être allégé. L’air semble retenir son souffle, comme dans une attente irraisonnée. Tout vacille et ses larmes traduisent son désarroi car tout lui échappe : on lui interdit même de pleurer sur le corps meurtri.
Et c’est là, précisément dans ce vide total, que tout commence, que tout va changer.
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Œuvre — Madeleine au tombeau
Pietro Faccini, Madeleine au tombeau, 1522-1525
Caen, musée des Beaux-Arts

Le corps de Marie-Madeleine et ses mains sont encore tendus vers le tombeau où lui sont apparus deux anges, mais son visage est déjà tourné vers le jardin.
C’est le moment crucial du retournement où elle ne va plus chercher le corps du Christ dans le vide du tombeau, mais dans la lumière du jardin.
Ses cheveux roux dénoués et sa robe presque de même teinte mettent en lumière son visage dont le profil est bien éclairé, alors que les anges sont dans l’ombre.
Ses yeux expriment une douleur réelle et une interrogation : pourquoi se tourner vers le jardin ? L’espérance peut-elle surgir ?
Elle nous rejoint dans nos moments de doute et de « à quoi bon ? »
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Le jardin
Étymologie du jardin : lieu clos, lieu vivant, lieu protégé
Jardin : le mot vient du bas latin « hortus gardinus » — « garden » en anglais —, un jardin clos, un endroit cultivé, organisé, séparé des autres lieux.
On retrouve cette idée dans la plupart des civilisations.
En grec, « kèpos » évoque un espace planté, un verger, un lieu qui procure de la nourriture, mais aussi un lieu agréable, convivial, un lieu d’échanges, comme le jardin où Épicure aimait retrouver ses disciples et ses amis.
En sanskrit, plusieurs mots associent le jardin à la beauté et à la poésie.
En hébreu, « gan » évoque un lieu enclos et protégé, à l’image de « gan Eden », le jardin d’Éden que les Grecs traduisent par « paradeisos », mot dérivé de l’ancien persan qui désigne un jardin clos.
Et l’on connaît la beauté des jardins persans…
Le jardin de la Résurrection
Le jardin est là.
Il était là dans la lumière naissante, mais elle ne le voyait pas avant de se retourner. Son regard, son esprit étaient encore habités par le tombeau.
Combien de temps faut-il pour voir autrement, pour que les yeux s’ouvrent autrement, pour échapper à la confusion, à l’aveuglement ?
Elle se retourne, geste simple mais qui contient tout.
Se retourner, c’est tourner le dos à quelque chose de connu. Ce n’est pas encore comprendre, mais c’est accepter de ne plus regarder uniquement vers l’habitude ou vers le passé. C’est consentir, même sans le savoir, à ce que quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau advienne.
Elle voit une présence. Elle croit parler à un jardinier.
C’est juste : il est le jardinier d’un monde nouveau qui éclot en ce matin de Pâques. Il ne correspond pas à l’image qu’elle en avait gardée. Il est là, mais autrement, au-delà de ce qu’elle pouvait concevoir, imaginer.
Elle cherche encore : « Dis-moi où tu l’as mis… »
Sa question supplie naïvement. Elle veut toujours saisir, toucher, localiser, posséder, situer dans une logique habituelle. Mais ce qu’elle cherche ne peut être saisi de cette façon.
Alors il se passe un moment décisif, infiniment simple : il prononce son nom, « Myriam ».
Ce n’est ni une réponse, ni une explication, juste un appel à se relier à ce qu’elle a de meilleur en elle, à ce qu’elle est vraiment au plus profond d’elle-même.
Et tout bascule, tout s’ouvre avec ce seul mot prononcé par cette voix si chère.
Un simple mot qui contient tout : leur relation, tout ce qu’ils ont traversé ensemble, toute sa vie auprès de lui. Ce qu’elle entend n’est pas un simple son mais une reconnaissance.
Et le tombeau disparaît, ou plutôt s’efface, car il n’est plus le centre de l’histoire.
Le jardin resplendit sous le soleil qui l’illumine, les fleurs sourient et les oiseaux se mettent à chanter. Chœur de l’univers qui les accompagne.
Le jardin n’est plus un simple décor extérieur, mais le lieu où la vie circule à nouveau, où la relation est restaurée, non pas à l’identique mais renouvelée, où l’amour ne dépend plus de la présence physique mais s’enracine dans une dimension plus profonde.
Elle le reconnaît non pas seulement avec ses yeux mais avec son cœur et tout son être.
« Ne me retiens pas. »
Elle va apprendre à aimer autrement, à rejoindre son Bien-Aimé dans le jardin de son cœur. Elle accepte de ne plus posséder, de ne plus toucher, ou plutôt de le toucher autrement dans le silence de la contemplation et de la prière.
Elle devient la messagère : « Va vers mes frères… »
La pleureuse devient celle qui annonce, transmet une certitude qu’elle porte en elle et qui va la changer, la mettre debout, lui donner une voix qui va traverser les siècles et porter le message de l’amour.
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Œuvre — Noli me tangere
Lambert Sustris, Noli me tangere, vers 1550
Lille, palais des Beaux-Arts

Marie Madeleine est vêtue comme une aristocrate du XVIe siècle.
Son regard traduit l’émotion qu’elle ressent face au miracle qu’elle a devant elle : le Christ ressuscité.
Celui-ci, muni d’une houe, Christ jardinier, porte une tenue simple à l’antique, en contraste avec les habits en brocart doré de Marie-Madeleine.
Le jardin lui aussi est bien un jardin de l’époque du peintre, un jardin italien, comme une scène de théâtre, un jardin ordonné selon une perspective rigoureuse, un jardin que la main de l’homme a ordonné pour exprimer la beauté de la Création, un jardin comme un écrin pour mettre en valeur les deux personnages de la scène.
Le Christ intemporel parle à une femme du XVIe siècle comme il parle à une femme de toutes les époques…
Le tombeau et le jardin
Quand le lieu de mort devient promesse de vie
Les cimetières sont aussi des lieux de promenade car ce sont des lieux calmes, coupés du monde extérieur, des lieux entretenus où règne la beauté, des lieux qui incitent à l’introspection, à la méditation sur l’impermanence ou sur le lien à nos ancêtres.
Le jardin n’est pas seulement un décor mais un lieu de vie où la nature s’épanouit, un lieu alchimique nous rappelant que la mort physique n’est pas la fin de tout.
Le tombeau est silencieux mais la graine enfouie dans la terre est promesse de vie.
De nos jours, on peut disperser les cendres d’un défunt dans le « jardin du souvenir » d’un cimetière.
Le cimetière est le dortoir des morts d’après l’étymologie grecque et les défunts y sommeillent en attendant la résurrection.
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Les nouveaux Adam et Ève
Marie Madeleine, nouvelle Ève du matin de Pâques
Une femme et un homme de chaque côté d’un arbre dans un beau jardin fleuri.
Adam et Ève au paradis, premier jardin du monde ; le Christ et Marie-Madeleine dans le jardin du matin de Pâques.
Très tôt, des Pères de l’Église ont mis en relation le péché originel et la Résurrection, et désigné le Christ comme le nouvel Adam et Marie Madeleine comme la nouvelle Ève, même si, dans la théologie classique, c’est Marie qui est la nouvelle Ève, celle qui dit oui et obéit.
Hippolyte de Rome, au IIIe siècle, rapproche Ève écartée de l’arbre de vie dans le paradis et Marie-Madeleine voulant toucher Jésus dans le jardin.
Pour lui, Ève est devenue apôtre en Marie Madeleine, qui ne s’est donc pas trompée en prenant le Christ pour un jardinier.
Dès le XIIIe siècle, le Christ est souvent représenté avec une bêche de jardinier, travaillant la terre comme Adam avant lui — Adam dont le nom signifie « le terreux » — mais le Christ, lui, réintroduit l’humanité dans le paradis dont Adam et Ève l’avaient exclue.
Il est le bon jardinier, celui qui prend bien soin de son jardin, un jardin luxuriant car c’est celui de la nouvelle Création.
Cette scène abolit l’antique malédiction : « Le Christ, notre Sauveur, essuie les larmes de toutes les femmes en Marie Madeleine, leur représentante », écrit Cyrille d’Alexandrie au IVe siècle, et fait de Marie Madeleine celle qui libère les femmes de l’opprobre.
Ève reçoit la parole du serpent, la transmet mal et va entraîner l’exil du paradis, la chute.
Marie-Madeleine, elle, reçoit la parole, la comprend et la transmet fidèlement.
Avec Ève, la connaissance est dangereuse, associée à la désobéissance, à la perte, à la mort, à l’exclusion.
Avec Marie-Madeleine, la connaissance est intérieure et libératrice.
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Œuvre — Les nouveaux Adam et Ève
Noli me tangere, Heures à l’usage de Rome, vers 1470
Paris, Bibliothèque nationale de France

Jardin renouvelé du Paradis ?
Un homme et une femme avec un arbre entre les deux : le Christ jardinier avec sa pelle, nouvel Adam qui prend soin de la Création ; Marie Madeleine agenouillée avec ses vêtements rouges qui la caractérisent, son pot de parfum à ses pieds.
Adam était « le terreux », sens étymologique de son nom.
Le Christ, le bon jardinier, ramène l’humanité dans le Paradis dont elle était exclue.
« Ton esprit est mon tombeau, je repose là, non pas mort mais vivant pour l’éternité, ton esprit est mon jardin. Tu as bien jugé que j’étais le jardinier, je suis le Second Adam, je m’occupe, avec soin, de mon paradis », écrit le moine bénédictin Drogon vers 1130.
Le jardin est un jardin clos — sens étymologique du mot pardes, paradis en hébreu. La nature se met à rayonner, y compris dans les enluminures aux couleurs gaies qui entourent l’image.
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Noli me tangere
« Ne me touche pas » ou « Ne me retiens pas » ?
Une des plus belles scènes des Évangiles, que seul rapporte l’évangéliste Jean, une scène qu’au cours des siècles beaucoup d’artistes ont voulu illustrer.
Son nom latin n’est généralement pas traduit. C’est le nom donné par l’histoire de l’art : Noli me tangere.
Une scène à deux inscrite dans un espace-temps : Marie-Madeleine dehors près du tombeau, le Christ jardinier se tenant près d’elle ; un dialogue entre les deux.
Rares sont les scènes à deux dans les Évangiles, en dehors du dialogue entre le Christ et la Samaritaine.
Une scène sujette aussi à de multiples interprétations, qui vont de la condamnation par le Christ de toute la gent féminine — femme, ne me touche pas, car tu es une créature impure ; donc toutes les femmes sont impures et dangereuses — à des interprétations qui nous invitent à une nouvelle relation entre le Christ et l’humanité représentée ici par Marie-Madeleine.
Selon les traductions, on met l’accent sur une interprétation ou l’autre.
Le texte grec est « mè mou haptou », ne me touche pas. J’aime bien ses sonorités, assez douces.
Le latin, en mot à mot, dit : veuille ne pas me toucher, et peut être compris comme une invitation et non comme une interdiction.
Dans les temps modernes, pour adoucir l’interprétation, certains proposent comme traduction « ne me retiens pas », qui est plus une interprétation qu’une traduction.
« Ne me touche pas. »
Marie Madeleine, dans ce jardin, au moment où le soleil se lève, encore timide, est là, stupéfaite, entre deux mondes : le monde où elle pleurait un corps mystérieusement disparu et le monde où elle voit la présence d’un vivant en face d’elle.
Est-ce Lui ? Est-ce une apparition ? Est-ce une imagination de son cerveau embrouillé ?
Elle ne comprend pas, mais son cœur, lui, devine déjà.
Elle cherchait un mort. Elle trouve un vivant.
Elle cherchait un corps à toucher et elle trouve un corps qui la repousse, qui lui refuse ce contact charnel qui était si habituel entre eux.
Elle est dans sa posture habituelle, à genoux, et tend la main pour le saisir, comme si son amour voulait s’assurer par le toucher qu’il est bien là, que c’est bien Lui.
Mais Jésus refuse et la met à distance.
Dans l’œuvre d’Abraham Janssens, vers 1620, Marie Madeleine essaie aussi d’accrocher son regard mais Jésus l’évite et se détourne.
« Ne me retiens pas. »
Jésus ne la met pas sèchement à distance. Il l’invite à une autre forme de relation.
Jusqu’ici, Marie Madeleine a connu quelqu’un avec qui elle marchait, avec qui elle partageait le pain et le vin, quelqu’un qui parlait et enthousiasmait les foules.
Son amour s’inscrivait dans le quotidien des journées, des routes, des repas, des discussions.
Désormais, c’est un autre amour qu’il lui propose, un amour qui ne possède plus, un amour qui se dérobe à la prise.
Alors elle tremble et vacille, car retenir rassure, retenir évite la peur de perdre.
Mais Jésus lui ouvre une autre voie, une voie où l’on apprend une autre manière d’aimer, une voie où la présence, sans être absente, devient invisible.
Elle vit un retournement intérieur, une conversion du cœur.
D’ailleurs, juste après ces paroles, Jésus va lui confier une mission : elle n’est plus simplement celle qui accompagne ; elle est celle qui va témoigner, annoncer, aller vers les autres.
Comme si l’amour qui désormais l’habite avait lui aussi changé de nature et n’était plus un amour qu’elle allait garder pour elle toute seule, mais un amour qu’elle avait à transmettre.
La perte n’est plus un vide mais une fécondité.
Le Christ n’est plus le Bien-Aimé qu’on retient mais une Présence, celle du Ressuscité partout présent.
« Noli me tangere. »
Je n’ai plus envie de réfléchir au sens des mots. Je préfère regarder le petit espace qui, par exemple, dans le tableau de Martin Schongauer, en 1480, sépare les deux mains, celle du Christ et celle de Marie Madeleine.
Elle tend ses deux bras vers le Christ, et les mains des deux personnages sont sur le point de se rencontrer lorsque Jésus, sans violence, se détourne, le regard tourné vers cet espace entre leurs mains.
Cet espace indispensable à toute relation, que ce soit une relation humaine ou spirituelle.
Cet espace qui est l’espace entre l’aimé et l’aimée.
Cet espace qui est l’amour et qui est aussi la liberté.
Le Christ appelle Marie Madeleine, comme chacun de nous, à une liberté nouvelle.
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Œuvre — Noli me tangere
Pierre Puvis de Chavannes, Noli me tangere, 1857
Angers, musée des Beaux-Arts.

Le Christ de dos, statique, un peu dans l’ombre, est-il une apparition ou un être réel ?
Sa main tendue semble dire à Marie Madeleine : ne me touche pas.
Le corps de Marie Madeleine, lui, est saisi en mouvement. Elle semble prête à le toucher dans un élan passionné que traduit bien son regard.
Suppliante, pathétique, elle est éclairée par la lumière. Ses vêtements clairs contrastent avec la toge plus sombre du Christ.
On aperçoit au fond le tombeau. Le jardin est encore dans l’obscurité mais quelques fleurs l’égaient par leurs taches colorées.
Comment interpréter ici le geste du Christ ?
Veut-il inciter Marie Madeleine à la contemplation intérieure plutôt qu’à un toucher extérieur ?
