Résilience
RESILIENCE
Pourquoi commencer par évoquer la résilience ?
Quand je raconte ma vie à des amis ou à des inconnus, ils me font souvent la même remarque : » Tu devrais écrire ton autobiographie car tu es un exemple de résilience et tu pourrais aider tes lecteurs. » Peut-être le ferai-je un jour… en tout cas ce mot tourne dans ma tête et j’ai envie de t’en parler. Je ne suis pas psychothérapeute et n’ai ( c’est sans doute une erreur) jamais suivi une psychanalyse. Ce que je partage avec toi, ce sont simplement les réflexions, les ressentis qui viennent de ce que j’ai traversé.
Le mot résilience est devenu un mot très à la mode : on parle de résilience à propos de gens qui sont sortis d’un burnout et les résilients sont souvent montrés comme des héros de notre temps… Il est intéressant de revenir à l’étymologie de ce mot : résilience vient du latin, d’un verbe « salire » qui veut dire » sauter, bondir » avec le préfixe « re » qui indique un retour en arrière ; donc c’est sauter en arrière. Sauter en arrière, ce n’est pas très intéressant parce que ça veut dire qu’on part d’un point de notre vie et on saute après avoir rencontré un traumatisme ou rencontré un obstacle pour se retrouver au même endroit. Donc, si on se retrouve exactement au même endroit de sa vie, je sais pas si vous avez rencontré cette situation, on risque de retomber dans les mêmes embûches et de s’affronter aux mêmes obstacles.
Le deuxième sens est plus intéressant : c’est celui de reculer pour mieux sauter l’obstacle, aller plus haut et plus loin avec l’élan qu’on a pris vers une vie qui a une grande part d’inconnu mais qui en même temps peut être plus ouverte à des possibilités qu’on aurait jamais imaginées avant.
Le mot résilience a d’abord désigné la résistance aux chocs d’ un matériau et sa capacité à revenir à un état sain. Cela m’évoque l’art japonais du kintsugi : on répare un objet, un bol par exemple, en soulignant avec de l’or les fêlures, les cicatrices laissées par un choc. Au lieu de les cacher, on les honore en les parant d’or et elles contribuent à la beauté de l’objet renouvelé. Belle métaphore de ce qui peut se passer sur le plan psychologique. S’agit-il donc de dépasser l’obstacle en l’effaçant ou de l’intégrer comme on accepte les rides d’un visage vieilli. Certaines photos de Mathieu Ricard nous montrent des vieilles paysannes tibétaines toutes ridées mais leurs rides sont presque comme un ornement supplémentaire et semblent nous sourire.
Mais avant d’en arriver là et de retrouver l’harmonie en soi, quel parcours difficile !On peut considérer qu’il y a quatre étapes dans la résilience. A l’origine un trauma qui entraîne de la souffrance. Donc le premier mot que j’ai envie d’explorer pour toi, avec toi s’il peut te parler, c’est la souffrance ; le deuxième moment, c’est celui où on a l’impression d’être au fond d’un trou, ce que certains spirituels ont appelé une nuit obscure ; le troisième moment, c’est la remontée vers la lumière qu’on pourrait appeler la restauration ou la régénération ; et le quatrième moment, c’est celui où on retrouve la paix, la joie, l’harmonie pour pouvoir avancer dans la vie et progresser sur notre chemin intérieur.
SOUFFRANCE
Marie Madeleine me semble être un des personnages qui peut vraiment illustrer ce parcours vers la résilience. La première étape est donc celle du d’un choc qui tout d’un coup brise le cours habituel de notre vie. Quel a été le choc qui a brisé la vie de Marie-Madeleine, on ne le sait pas. Certains ont imaginé qu’elle avait été violée. D’autres ont imaginé des ébranlements différents. En fait, on ne sait rien ; alors l’imagination peut s’emparer du sujet et tu peux imaginer ce que tu veux.
Personnellement, l’idée du viol me parle, sans doute parce qu’elle me revoie à mon expérience personnelle. A chacun et chacune de voir quel est le traumatisme qui a bouleversé sa vie… mais j’espère surtout que beaucoup d’entre vous n’ont pas connu et ne connaîtront jamais cette expérience si traumatisante…
Revenons à Marie Madeleine. On dit qu’elle fréquentait la cour du roi Hérode, cour très cosmopolite dont les juifs pieux critiquaient les mœurs dissolues. Peut-être y avait-elle des liaisons avec des officiers romains ; peut-être une de ses aventures a-t-elle mal tourné… Laissons le mystère planer sur cette cause, mais ce que les Évangiles nous racontent, c’est que Jésus la délivre de sept démons : sept démons ! Déjà le chiffre évoque vraiment un sacré poids qui pèse sur elle.
Et qu’est-ce la fonction du démon ? La fonction du démon, c’est justement de faire obstacle pour qu’on puisse plus avancer, pour tester notre capacité à résister à ce qu’il nous propose pour nous faire dévier de notre chemin. Notre psychisme, notre sensibilité, tout notre être est encombré, occupé, tel une place forte assiégée. L’Évangile de Marie, un des textes apocryphes retrouvés à Nag Hammadi en 1945 cite sept déviations qui nous paralysent : ténèbres, désir, ignorance, jalousie mortelle, emprise charnelle, sagesse ivre, sagesse rusée.
Quand on ne peut plus avancer, qu’est-ce qu’on fait ? On tourne en rond. Il y a deux façons de tourner en rond : il y a la manière de tourner en rond positive, par exemple celle des derviches tourneurs qui restent toujours centrés et le fait de tourner en rond en ayant perdu son centre, ce qui donne le vertige. Quand on a le vertige, on tombe. D’ailleurs le mot hébreu qui signifie la maladie a pour premier sens de tourner en rond. On ne trouve plus comment sortir du mal être qui a pris possession de nous. On peut donc imaginer que quand Jésus délivre Marie Madeleine de ses sept démons, il la remet debout en la faisant sortir de ce moment de sa vie où elle est désaxée, où elle bute contre un mur sans issue.
Ces sept démons sont à l’origine de ce que les catholiques appellent les sept péchés capitaux : orgueil, gourmandise, paresse, luxure, avarice, colère et envie.
Dans ta vie tu as peut être vécu des moments de ce genre-là…. Parmi tous ces démons tu peux en choisir un, un petit peu comme un jeu, un qui qui te correspondrait le mieux ou les prendre tous ensemble si ça te parle et te demander s’ils ont une place en toi et si oui quelle place.
En tout cas Marie Madeleine est dans cette situation quand elle rencontre Jésus et il la délivre de son enfermement ? Quelle pouvait être pour Marie Madeleine cette souffrance qui la mettait dans un état pathologique? Un des sens du mot grec « pathos » signifie »souffrance ». Quant au verbe souffrir, il vient du latin : le verbe « ferre » signifie « porter », « supporter » : on supporte une charge trop lourde. Ce qu’on peut imaginer, c’est que sa souffrance pouvait avoir plusieurs causes : on sait qu’en général, quand des gens tombent dans un burnout dans une dépression, il y a toujours des causes multi factorielles.
Concernant Marie Madeleine, voici quelques hypothèses :
Peut-être ne se sent-elle pas bien dans sa famille et a du mal à trouver sa place dans la fratrie. Dans sa Légende dorée, Jacques de Voragine nous donne le nom des parents de Marie Madeleine, mais visiblement les parents étaient morts à la période dont nous parlons. Les liens entre les trois enfants, l’aîné, le frère Lazare, la sœur Marthe et la plus jeune Marie-Madeleine semblent forts mais ils sont très différents : Lazare est un intellectuel, un chercheur spirituel plongé la plupart du temps dans la lecture des textes sacrés des Écritures. Quand il n’étudie pas les lettres carrées des textes de la Thora, il gère les affaires de la famille dans différents pays autour de la Méditerranée. Il est donc en contact avec d’autres cultures et d’autres religions. Quant à Marthe, elle est décrite comme une femme sage, tranquille qui s’occupe efficacement de la maison et est douée d’un grand sens de l’hospitalité. Lazare et Marthe sont inquiets du comportement de leur petite sœur qui mène une vie agitée et frivole condamnée par beaucoup de leurs proches.
On peut aussi imaginer que Marie Madeleine arrive à un moment de sa vie où elle papillonne, jouant de sa beauté et séduisant les hommes les uns après les autres. Comme beaucoup de jeunes filles, elle est en quête du grand amour et va de désillusion en désillusion. « Est-ce qu’accumuler les liaisons sans lendemain donne vraiment un sens à ma vie ? » se dit-elle. « Est-ce que de petits amours successifs peuvent combler mon cœur et nourrir mon âme ? » Qu’est-ce qu’un véritable amour ?
Marie Madeleine est curieuse et écoute avec plaisir les récits que lui fait Lazare de ses voyages. Il évoque les richesses et les beautés de villes aux noms évocateurs, Alexandrie ou Massilia. Peut-être parle-t-il à sa petite sœur des dieux de l’Égypte, de la Grèce ou de Rome, si différents du Dieu unique de la religion juive. Elle en entend parler aussi par les Romains qu’elle fréquente. Sa famille s’inscrit dans le judaïsme mais avec une ouverture puisque la tradition dit que le père était d’origine syrienne,(son nom était Syrus) et la mère juive. Marie Madeleine se pose-t-elle des questions sur Dieu et les autres dieux ? Où est la vérité ?
D’autre part Marie Madeleine se sent à l’étroit dans la société dans lequel elle vit : elle se veut une jeune fille libre qui entend mener sa vie comme elle l’entend. Or, dans le la tradition juive de son époque, une femme n’a pas le droit de sortir seule. D’ailleurs, on peut remarquer que dans les Évangiles elle est la seule femme autour de Jésus qui ne soit pas citée par rapport à un homme. Toutes les autres le sont( « sœur de » ou « femme de » ou « fille de »). Marie Madeleine, elle est désignée par rapport à un lieu ( « Marie de Magdala » ou « Marie de Béthanie », ce qui lui donne déjà une individualité très grande. Je trouve cela très intéressant par rapport au combat qu’au XXe siècle les femmes ont mené pour pouvoir garder, une fois mariées, leur nom de jeune fille et ne pas toujours être, j’allais dire affublées, du nom de leur mari.
NUIT NOIRE
Quand on ne comprend plus pourquoi on vit, pour combler le vide qui se creuse de plus en plus insidieusement en nous, on peut être tenté par l’hyperactivité, se donnant l’illusion de combler ce vide. Je pense que c’était le cas Marie-Madeleine : elle enchaîne les amours faciles, elle accumule les moments où elle fait des promenades en barque sur le lac de Tibériade, accompagnée par de beaux soupirants, elle répond à la moindre invitation qu’elle reçoit de la cour d’Hérode, banquets fastueux etc … ,elle ne compte plus les promenades avec sa sulfureuse amie Salomé. Elle ne supporte plus de rester seule, elle ne se supporte plus, en fait, d’être face à elle-même. Elle s’épuise. Et vient le temps où elle réalise que toutes ces petites occupations futiles ne peuvent absolument pas combler le désir d’autre chose qui est en train de se creuser en elle et, à ce moment-là, elle rentre vraiment dans une nuit noire. Sa vie n’a plus de sens.
Qu’est-ce que la nuit noire pour elle comme pour tant d’autres qui sont passés par cette épreuve ? C’est le moment où tu te lèves le matin et où tu te dis : » Encore une journée à traîner… Qu’est-ce que je vais faire ce soir pour ne pas être toute seule ? Je suis prête à voir n’importe qui. « Quelquefois l’alcool ou les ou les drogues permettent ,de manière complètement illusoire, d’oublier cette chose qui nous dévore intérieurement mais qu’on ne veut pas regarder et surtout pas nommer. Plus rien n’a de relief et le monde, les êtres alentour perdent leurs couleurs. Tout devient fade, horriblement fade. Tu ressens une espèce de malaise au niveau du plexus solaire et du cœur ; tu es envahie par une nausée récurrente. Tu vis un moment dépressurisation de la vie, comme un trou d’air dans un avion et c’est vraiment un moment extrêmement difficile parce que tu ne sais plus du tout vers quoi ou vers qui te tourner. Tes amis, attentifs au début à ton désarroi, se détournent peu à peu. Ils n’ont pas envie de voir une personne sinistre et, de toute façon, tu n’as pas non plus envie de leur parler. A quoi bon ?.
Nuit noire. En fait cette expression est un pléonasme car la nuit est noire, donc ça insiste vraiment sur cette obscurité qui nous envahit. Et là c’est intéressant de faire la différence entre le burnout et la dépression parce que le burnout, dans l’emploi qu’on fait du mot à l’heure actuelle, concerne surtout le domaine professionnel. On peut en sortir et après reprendre son travail mais ça ne touche pas forcément des zones très profondes de l’âme. Ça concerne plutôt le psychisme et la relation au travail, alors que dans la dépression, c’est plus profond et révélateur, hélas, du mal être de notre société actuelle.
Tu as du mal à parler de ce qui t’arrive (en as-tu envie ?) car le langage émotionnel et affectif est encore mal vu dans notre société parce qu’on considère que c’est un aveu de faiblesse et la preuve d’une vulnérabilité. Or on n’aime pas les faibles. On préfère les battants ,les solides. Alors tu plonges seule dans une nuit de plus en plus sombre et accède à des souffrances très profondes et qui souvent nous renvoient, on le sait, à des souffrances de l’enfance non résolues.
On ne sait évidemment pas du tout si c’était le cas de Marie-Madeleine mais, en tout cas, on peut imaginer que c’est un moment où, pour employer une expression prosaïque et bien sûr anachronique, elle » perd les pédales », se sent tirée au fond d’un abîme et se sent chancelante alors qu’elle se croyait une femme forte, autonome, sûre d’elle-même, consciente et fière d’une beauté qui attirait les hommes. Elle est vraiment au fond de l’abîme et touche quelque chose de très, très profond en s’interrogeant sur le sens de sa vie. « A qui confier ma détresse ? » se dit-elle. « Je ne me sens même plus en relation avec L’Éternel. Je suis abandonnée de tous et je me sens si fatiguée ! »
Beaucoup parmi nous, sont hélas passés par ces abîmes et on en connaît des exemples dans le domaine spirituel, ces nuits obscures par lesquelles sont passés des grands saints comme Sainte Thérèse de Lisieux qui lutta, les derniers mois de sa vie, non seulement contre la maladie qui l’emporta mais aussi contre la tentation du désespoir et de l’incroyance.
Pour moi, les saints sont au départ comme des gens comme vous et moi mais qui vont au bout de quelque chose qui les pousse à aller au-delà d’eux-mêmes. La sainteté serait-elle le couronnement d’une humanité accomplie, un accomplissement qui révèle en nous notre humano-divinité et que les saints portent à son apothéose? Nous avons souvent une image aseptisée des saints pacifiés dont le visage est éclairé d’une lumière surnaturelle et cette image oblitère les tourments qu’ils ont souvent connus.
Une sainte qui me touche particulièrement, peut-être parce qu’elle est proche de nous et aussi parce que j’ai eu la chance d’aller dans son lieu à Calcutta, c’est mère Teresa : dans ses journaux intimes, on voit qu’elle est passée vraiment par des moments où elle avait perdu la foi, où elle ne sentait plus du tout son lien avec Dieu. »Le silence et le vide sont si grands » écrit-elle. Et cette phrase déchirante : « Il n’y a pas de Dieu en moi. » Elle continuait malgré tout son travail, ce travail extraordinaire qu’elle faisait auprès des pauvres de Calcutta. Après le sens est revenu mais elle est passée plusieurs fois dans sa vie par ce qu’elle a appelée » ma propre nuit obscure ». et
C’est un moment effrayant à vivre mais un moment qui, heureusement, n’est pas sans issue.
REGENERATION
Quand on est complètement au fond du trou, l’image qui me vient, c’est celle de l’apnée : tu es au fond de l’eau et là il y a deux solutions, ou c’est fini et tu te laisses noyer ou alors il y a comme une espèce d’élan dont on ne sait pas très bien d’où il vient qui te pousse à t’appuyer sur le sol et à donner un coup de pied pour remonter à la surface de l’eau, pouvoir à nouveau respirer et ne plus étouffer. D’où vient cette force ? La chanson de Barbara » Le mal de vivre » l’évoque :
« Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça s’est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C’est presque rien
Mais c’est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins
Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu’il faut bien vivre
Vaille que vivre
On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à la main
Comme une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C’est pas forcément la misère
C’est pas Valmy, c’est pas Verdun
Mais c’est des larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient
Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu’il faut bien vivre
Vaille que vivre
Qu’on soit de Rome ou d’Amérique
Qu’on soit de Londres ou de Pékin
Qu’on soit d’Égypte ou bien d’Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin
Qu’il est long lorsqu’il faut le faire
Avec son mal au creux des reins
Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n’en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D’une nuit qui n’en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n’en sont pas revenus
Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu’ils devaient vivre
Vaille que vivre
Et sans prévenir, ça arrive
Ça vient de loin
Ça s’est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C’est presque rien
Mais c’est là, ça vous émerveille
Au creux des reins
La joie de vivre
La joie de vivre
Oh, viens la vivre
Ta joie de vivre
.
Si on ne sait pas d’où vient cette force, on peut la cultiver dans la vie dès l’enfance pour qu’elle soit un potentiel qui puisse nous aider à un moment difficile de notre vie à surmonter les obstacles.
Dans le cas Marie-Madeleine, ce qui l’a fait sortir de sa nuit obscure de l’âme, c’est évidemment le fait que le Christ l’ait délivré des sept démons, mais tout le monde n’a pas cette chance la ! Donc si tu n’as pas la chance d’avoir cette rencontre directe avec le Christ, comment est-ce que tu peux faire ? Quels sont les éléments qui nous aident à remonter ? Je crois que la première chose , c’est la sortie de la solitude. Et là ,la présence des amis est très importante. Quelquefois ces « amis » ne sont pas du tout les amis d’avant, mais des amis de passage, oui passage est un mot bien choisi puisqu’ils t’aident à accéder à une nouvelle phase de ta vie.
J’imagine : Marie Madeleine sort de sa maison de Béthanie un matin. Cela fait plusieurs semaines que la vieille marchande d’olives qui vend sa pauvre récolte au coin de la rue la voit passer et l’observe : cette belle jeune fille qu’elle admirait et dont elle aimait sentir le parfum fleuri qui émanait d’elle est défaite, presque courbée sous une charge trop grand pour elle ; elle n’est plus entourée de ces senteurs subtiles qui rehaussaient sa beauté. Ce matin-là, la vieille ose l’approcher. Elle tend une poignée d’olives à Marie Madeleine avec un grand sourire tout ridé et la lui offre sans un mot. Pas besoin de mot : Marie Madeleine reçoit les olives comme un message d’amour, l’amour que lui offre cette parfaite inconnue qu’elle n’avait jamais remarquée. C’est ce matin-là que Marie Madeleine va poursuivre son chemin, portée par le sourire de la vieille et rencontrer Jésus qui la délivre…
Pour toi, ça peut être simplement un jour où tu fais tes courses et une caissière dans un magasin ou une serveuse dans une boulangerie te dis bonjour gentiment et tout d’un coup tu sens que tu es susceptible d’être aimé. Curieuse sensation que tu avais oubliée ! Il y a peut-être même quelque chose en toi qui sourit, même si tu ne t’en rends pas compte. Oui ! Tu peux être en lien avec les autres, avec un autre, même si c’est pour toi un inconnu mais cet inconnu a su parler à ton cœur.
Alors tu redécouvres tout simplement, tout simplement mais c’est énorme, la beauté du monde autour de toi, celle des gens, celle de la nature. Quand tu étais au fond du trou, c’est comme si il y avait plein de paupières qui étaient venues s’accumuler les unes sur les autres et qui t’avait caché la beauté du monde. De toute façon, tu ne prenais plus le temps de goûter la beauté du monde puis que plus rien n’avait de saveur. Et là, tout à coup, un matin, tu ouvres la fenêtre, tu vois une fleur ou tu entends le chant d’un oiseau et c’est toute la beauté du monde que tu prends en pleine figure, comme un jet de lumière qui te fait voir la vie tout à fait autrement. Ou alors peut être es -tu rentré dans un lieu sacré, qu’il s’agisse d’une église, d’un temple ou de tout autre lieu sacré. Un lieu sacré autrefois ? Et là je pense par exemple à la forêt de Brocéliande en Bretagne ou à la forêt de la Sainte Baume où Marie Madeleine vécut trente ans dans une grotte. L’énergie de ces lieux sacrés t’ apporte quelque chose qui va t’ aider à régénérer ton cœur et ton âme.
Certains ( en fais-tu partie ?) découvrent alors que l’idée qu’ils se faisaient de Dieu ou des dieux selon leur spiritualité, cette idée s’écroule. C’est l’expérience de Job sur son tas de fumier : Dieu lui a tout retiré, fortune, enfants et santé. Ses amis ne luis sont pas utiles et il voit s’écrouler l’idée qu’il avait d’un Dieu qui était bon, d’un bon Dieu. A ce moment-là, au fond du gouffre, quelque chose d’autre surgit et il découvre . une nouvelle image de Dieu et peut nouer avec lui une nouvelle alliance. Tout lui est alors rendu.
J’imagine Marie Madeleine dans cette période de régénération, de réparation. Je la vois rencontrer sa sœur Marthe et lui demander de la pardonner pour tout le souci que Marthe s’est fait pour elle. Tout d’un coup elle réalise que sa sœur en fait l’aime et que sa sœur se faisait du souci parce qu’elle voulait le meilleur pour elle. Donc elle noue des relations plus cordiales, on va dire plus sororales avec Marthe. Elle réalise aussi la chance qu’elle a d’avoir un frère comme Lazare et elle prend plaisir de temps à rejoindre Lazare dans son antre ou où il se réfugie à l’écart du monde pour lire les textes sacrés de leur tradition. Elle aime dorénavant à venir lire avec Lazare et échanger avec lui. On réfléchit mieux à deux ! Elle s’aperçoit aussi qu’ il y a des moments où dans la solitude elle peut aussi trouver une joie qu’elle ne connaissait pas jusque-là.
RESTAURATION
Restauration, joie, lumière, paix, harmonie, tous ces mots pourraient demander des développements et j’espère pouvoir les développer au cours d’autres moments…
De nombreux peintres ont été séduits par le moment où Marie Madeleine abandonne sa vie ancienne et où elle se dépouille de tout ce qui constituait l’essentiel de sa vie, le choix de ses robes, choix de ses bijoux, le choix de ses parfums. Elle les dépose tous par terre et s’habille maintenant de manière beaucoup plus sobre. Elle quitte la femme d’avant pour aller vers une femme nouvelle et ce changement de vêtements est le symbole de quelque chose de plus profond, une régénération physique, psychique et spirituelle. Elle sent son corps se remettre à avoir de la vigueur et on peut presque dire que c’est une régénération cellulaire qui fait d’elle un être renouvelé. Ce qui est intéressant, c’est que la beauté de Marie-Madeleine se transforme. Avant c’’était vraiment la beauté extérieure d’une femme sur qui avait de très beaux vêtements, d’ailleurs d’un prix très élevé, qui utilisait des parfums de très grand prix, qui avait des bijoux remarquables. Maintenant elle est toujours aussi belle mais sa beauté va venir complètement de l’intérieur parce que dans cette période où elle est régénérée, elle est habitée par une lumière intérieure qui vient de la rencontre qui a été celle de son âme avec le Christ.
Si tu as vécu cela, tu te souviens du bonheur d’avoir la sensation de retrouver ton âme d’enfant, ou plutôt une âme nouvelle douée d’une éternelle jeunesse . Tu as retrouvé alors une capacité d’émerveillement, un regard nouveau, presque comme un regard d’enfant qui redécouvre le monde pour la première fois et cette capacité d’émerveillement est vraiment le signe de la guérison.
